vendredi 25 octobre 2013

Androany, c’est jour d’élections présidentielles !


Androany, c’est une date très attendue. Plongée dans une crise socio-politique et dans un régime de facto depuis plus de quatre ans, Madagascar et son peuple attendaient ces élections depuis belle lurette. A plusieurs reprises, elles ont été planifiées, à plusieurs reprises, elles ont été repoussées. Enfin, aujourd’hui, elles se tiennent à la date annoncée : le vendredi 25 octobre !

Androany, c’est donc un jour de grands espoirs, c’est aussi un jour de grand désespoir ! On espère que la crise prenne fin, on espère se faire enfin entendre, on espère voir un Président élu, on espère retrouver une vie normale après des années anarchiques. On espère aussi voir son candidat « adulé » et adoré dans la top-list pour le second tour. Oui, tant d’espoir ! Mais on désespère aussi, à quoi bon voter, on sait comment les résultats vont s’annoncer, on sait que des manipulations seront inévitables, que ce sera encore une fois de plus, magouilles, corruptions, pressions, déceptions, et j’en passe ! Oui, on sait que peu de chances existent pour qu’un vote assez « original », hors de la tendance générale, puisse s’avérer inutile. Ce ne sera peut-être pas pris en compte par la nouvelle gouvernance du futur Président !

Androany est donc un jour de grandes émotions. On est heureux de participer à l’histoire du pays, on est heureux de faire un devoir citoyen, on est heureux que la date soit maintenue. Tristesse aussi, triste car beaucoup sont sceptiques, beaucoup sont repartis de la queue en voyant la mauvaise organisation, beaucoup vont rester chez soi, beaucoup ont été oubliés de la liste, beaucoup ont peu de chances de se libérer pour le vote. Oui, à l’exemple des employés de maison, certains viennent de loin pour travailler en ville. Ils ne sont pas forcément inscrits au domicile de leurs employeurs. Et ces derniers ne voient pas toujours l’intérêt de leur offrir des congés pour aller voter dans leurs villages. Oui, pourquoi se priver de personnel pour quelques jours. Ils ne voteront pas, c’est tout ! Et puis, inutile de demander leurs avis, il y a tellement de choses à faire que ce n’est pas opportun.
  
Ceux qui ont eu la chance et la volonté d’aller voter sont rentrés avec satisfaction. Jeunes, moins jeunes, les mères avec leurs bébés dans les bras, ils ont bravé l’attente et le côté « désorganisé » de ces élections. Organisées en si peu de temps, plusieurs failles sautent aux yeux pour ceux qui sont déjà passés par les urnes auparavant. Ce soir, on ira assister au dépouillement. Si la salle est bien éclairée, on aura la chance de ne pas passer trop de temps à identifier le candidat coché par l’électeur sur une feuille plus grande qu’un format A4. On a pu cocher au stylo bille ou à l’encre avec son pouce… ayez de bons yeux car le stylo bille par un soir de faible éclairage et sur une grande feuille, ça ne sera pas évident !  Je croise une connaissance de longue date qui rigole en sortant de la salle. Il a mis un cœur à l’endroit de son/sa candidat(e) ! Oui, voilà une grande liberté laissée par le bulletin unique, on a pu écrire et marquer tout un poème sur le bulletin. Le vote sera nul mais bon…

Androany, c’est donc le début d’une grande attente : les résultats, le second tour, le nouveau Président, un nouveau gouvernement, un retour à une vie normale, une relance économique, un renouveau des institutions, un nouveau pays, une nouvelle ère…

Alors, à bientôt pour la suite des événements !


mercredi 23 octobre 2013

Androany, une famille à l'infini

Androany, ma mère nous invite (nous, ses enfants) à aller à une consécration d'un pasteur au centre international CNAFR de Ivolo, un centre très contemporain qui pourrait ressembler à l'arche de la Défense ou une architecture très contemporaine. Parait-il que c'est le cousin, l'oncle, de ma grand-mère, bref, un membre de la famille de ma grand-mère que l'on rencontre tous les cinq à dix ans à l'occasion d'événements totalement gigantesques avec 300-500 personnes.

Androany, je refuse d'y aller. Je ne vois pas pourquoi j'irai assister à un événement d'un membre si éloigné de "ma famille". Ooooooooh!!! C'est la famille de ta grand-mère, c'est très proche, tu ne les connais même pas, c'est bien que nous soyons invités!

Deux arguments majeurs à ce genre d'invitation : "tu ne connais pas les membres de ta famille", et "tu ne sais jamais sur qui tu peux tomber dans la vie, c'est peut-être ton oncle, ton cousin, une nièce, une arrière-arrière-arrière petite fille de l'arrière-arrière-arrière grand-père en commun"!!!

Oui, il est important d'établir des liens familiaux ici. Il est important de savoir que le propriétaire de la pharmacie du centre ville est un "cousin" de papa. Il est important de savoir que la conseillère de la banque NJD est une "nièce" de la grande tante de la famille de grand-mère....ouh la la, une véritable gymnastique du cerveau, faites jouer votre mémoire et visualiser très vite votre arbre généalogique!!

Oui, c'est important car il ne faut pas se marier entre nous! A la cinquième génération??? On ne sait jamais si on a besoin du service d'un cousin X ou d'une tante Y un de ces jours. Oui, car le jour où tu dois entreprendre une démarche quelconque, que ce soit juste récupérer ton acte d'état civil ou faire des papiers de succession, n'importe quoi, demander une autorisation de découvert à ta banque, oui, n'importe quelle démarche d'une vie lambda, et ben ce jour là, tu dois établir et mettre en valeur ta relation familiale.

- "Bonjour, je suis la fille de X, le petit neveu de ton arrière-grand-père, tu te souviens? On a été ensemble à la consécration du Pasteur Y."
- "Ah oui! Vous venez aussi du village Ambohitra? Oui je me souviens du nom! Qu'est-ce qu'il te faut?"
- "Ben, disons que j'ai besoin rapidement d'une acte de naissance pour mon fils, la queue dure depuis 1h au moins!"
- "La queue, pas besoin de faire la queue, viens me voir tout de suite quand tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas!"

Oui, voilà pourquoi il est si important de connaître sa famille au grand complet depuis les trois générations au dessus et en dessous! Attention, il ne s'agit pas de liens affectifs ou d'aimer ces cousins de troisième et quatrième degré! Il s'agit d'établir des "ponts" pour faciliter la vie quotidienne. Quand je serai malade à l'hôpital X, je sais que je pourrai appeler le neveu de tonton Y.

Oui, l'autre argument qui est de dire "ne te marie pas avec un membre de la famille" est aussi très évoquée mais moins importante que d'établir des ponts.

Oui, car si tu n'es pas de la famille, un ami, ou si tu n'as pas glissé un billet dans la poche de ton interlocuteur, et ben tu attends! "Miandry fa gasy" comme le dit une expression courante, tu attends puisque tu es Malgache! Les services les plus basiques et les plus courantes de ta vie quotidienne deviennent pénibles.

Un jour, je fais une queue de près de 90 minutes pour déposer de l'argent à la banque. Un autre jour, j'y croise par surprise une cousine de second degré. Elle travaille dans cette agence. Tout sourire, elle vient me voir, elle me rappelle qui elle est, je suis la fille de Tantine X. La prochaine fois, viens me voir, tu n'as pas à faire la queue! WAOW!!! Je vais gagner 90 minutes de queue la prochaine fois! Cela fonctionne pour toutes les petites choses comme pour des grandes choses. Oui, si un jour tu te fais condamner pour meurtre et viol, et ben, tu pourras appeler le grand-oncle magistrat de la famille de papa!

En grandissant, j'apprends que quasiment tout Tanà est de ma famille, la pharmacie X, le propriétaire du resto X, le gérant de la boîte HGD, ... Bref, la liste est longue! Des gens avec qui je n'ai aucun lien mais que je dois savoir citer à toute occasion.

Oui, dans une ville comme Tanà, ces liens changent les difficultés du quotidien en « un clic facile et rapide ».  C’est la règle !

Quand est-ce qu’un service sera efficace et professionnel sans que la personne qui te la fournit ne soit ton cousin ? Quand est-ce que les personnes seront traitées de manière égale face à un même service ? Je parle de service public comme de service du privé ! Oui, comme à la banque où ma cousine travaille. Le traitement est long et laborieux pour les « non cousins » et le traitement est rapide et facile pour la « cousine ». Quand est-ce qu’on voudra se présenter à un comptoir sans contre-partie ? Quand est-ce que le demandeur de service exigera une bonne prestation sans évoquer un lien familial ni sortir un billet de banque ? Quand ? Quand ? Quand est-ce qu'on sera juste égaux, droits, serviables (sans attentes en contrepartie), loyaux, justes, professionnels? 


Oui, les pouvoirs magiques d’une famille à l’infini !


lundi 21 octobre 2013

Androany?


Androany – « aujourd'hui » en français –  raconte les faits et dires du quotidien à Madagascar. Une manière de voyager « dans » Madagascar, à la rencontre des Malgaches et de sa culture aujourd’hui.

Androany, il se passe tellement de choses ! A la maison, les familles ont leurs vies. Dehors, c’est toute une vie, un si grand spectacle ! Dans les bureaux, dans les restaurants, dans les rues, aux marchés... Le spectacle se déroule, d’abord et surtout, à Antananarivo la capitale. Bien entendu, sortir de Tanà ne sera pas exclu… On ira au gré des opportunités et  des envies !

Androany cherche d’abord à offrir un regard, un angle de vue, sur la vie de tous les jours – en privé comme en public. Il s’adresse alors aux Malgaches, offrant un reflet, faisant un effet « miroir », d’auto-réflexion et d’introspection : se poser des questions, interpeller, remettre en question, chercher à comprendre, vouloir exliquer, … Ensuite, c’est une invitation au voyage pour les personnes désireuses de s’installer à Madagascar - un œil sur la vie du pays pour celles qui l’auront quitté.

Androany, c’est bien sûr un point de vue subjectif, une analyse selon l’auteure ! Avec sa propre histoire, ses différentes expériences et sa situation actuelle, elle vous embarque au travers de ses lunettes, de sa fenêtre et de ses mots.

Androany, venez suivre et questionner le train-train quotidien à Madagascar, pays de tous les possibles, pays de grands paradoxes, un pays plus que fascinants par les bonnes comme pour les mauvaises choses.

Androany, oui, tout cela se déroule aujourd’hui !


A très bientôt donc