Androany, c’est une date très attendue. Plongée dans une
crise socio-politique et dans un régime de
facto depuis plus de quatre ans, Madagascar et son peuple attendaient ces
élections depuis belle lurette. A plusieurs reprises, elles ont été planifiées,
à plusieurs reprises, elles ont été repoussées. Enfin, aujourd’hui, elles se
tiennent à la date annoncée : le vendredi 25 octobre !
Androany, c’est donc un jour de grands espoirs, c’est aussi un jour de grand désespoir ! On espère que la crise prenne fin, on espère se faire enfin entendre, on espère voir un Président élu, on espère retrouver une vie normale après des années anarchiques. On espère aussi voir son candidat « adulé » et adoré dans la top-list pour le second tour. Oui, tant d’espoir ! Mais on désespère aussi, à quoi bon voter, on sait comment les résultats vont s’annoncer, on sait que des manipulations seront inévitables, que ce sera encore une fois de plus, magouilles, corruptions, pressions, déceptions, et j’en passe ! Oui, on sait que peu de chances existent pour qu’un vote assez « original », hors de la tendance générale, puisse s’avérer inutile. Ce ne sera peut-être pas pris en compte par la nouvelle gouvernance du futur Président !
Androany est donc un jour de grandes émotions. On est heureux de participer à l’histoire du pays, on est heureux de faire un devoir citoyen, on est heureux que la date soit maintenue. Tristesse aussi, triste car beaucoup sont sceptiques, beaucoup sont repartis de la queue en voyant la mauvaise organisation, beaucoup vont rester chez soi, beaucoup ont été oubliés de la liste, beaucoup ont peu de chances de se libérer pour le vote. Oui, à l’exemple des employés de maison, certains viennent de loin pour travailler en ville. Ils ne sont pas forcément inscrits au domicile de leurs employeurs. Et ces derniers ne voient pas toujours l’intérêt de leur offrir des congés pour aller voter dans leurs villages. Oui, pourquoi se priver de personnel pour quelques jours. Ils ne voteront pas, c’est tout ! Et puis, inutile de demander leurs avis, il y a tellement de choses à faire que ce n’est pas opportun.
Ceux qui ont eu la chance et la volonté d’aller voter sont
rentrés avec satisfaction. Jeunes, moins jeunes, les mères avec leurs bébés
dans les bras, ils ont bravé l’attente et le côté « désorganisé » de
ces élections. Organisées en si peu de temps, plusieurs failles sautent aux
yeux pour ceux qui sont déjà passés par les urnes auparavant. Ce soir, on ira
assister au dépouillement. Si la salle est bien éclairée, on aura la chance de
ne pas passer trop de temps à identifier le candidat coché par l’électeur sur
une feuille plus grande qu’un format A4. On a pu cocher au stylo bille ou à l’encre
avec son pouce… ayez de bons yeux car le stylo bille par un soir de faible
éclairage et sur une grande feuille, ça ne sera pas évident ! Je croise une connaissance de longue date qui
rigole en sortant de la salle. Il a mis un cœur à l’endroit de son/sa candidat(e) !
Oui, voilà une grande liberté laissée par le bulletin unique, on a pu écrire et
marquer tout un poème sur le bulletin. Le vote sera nul mais bon…
Androany, c’est donc le début d’une grande attente : les
résultats, le second tour, le nouveau Président, un nouveau gouvernement, un
retour à une vie normale, une relance économique, un renouveau des institutions,
un nouveau pays, une nouvelle ère…
Alors, à bientôt pour la suite des événements !

